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25 juin 2008 3 25 /06 /juin /2008 21:30
Correspondants en Tunisie/Fethi Djebali,Thamer Mekki ,Youad Ben  rejeb


En Tunisie, les expulsés d'Europe sont livrés à eux-mêmes. Aucun programme de prise en charge ou de soutien n'est prévu, ni par les autorités, ni par la société civile. Sans ressources, ils doivent en plus soutenir le regard d'une société qui perçoit l'expulsion comme une honte, et n'envisagent de salut que dans un nouveau départ.

 

Wajdi Rahali se sent  plus étranger ici, en Tunisie, son pays d'origine, que là-bas, en France. C'est par la mer, dans une embarcation de fortune, qu'il a gagné clandestinement l'Europe en 2004 à la recherche d'un travail, d'un mieux être, d'un avenir. Une aventure qui s'est brusquement arrêtée en 2007, suite à un contrôle policier de routine. Commençait alors pour Wajdi un terrible périple entre les centres de rétention pour étrangers illégaux de Toulouse et de Bordeaux, en France. Il y est détenu en attendant son expulsion. Par deux fois, il refuse d'embarquer dans l'avion à destination de Tunis, et écope pour cela d'un mois de prison. « On a alors décidé de me reconduire par bateau, où le refus d'embarquement ne tient pas ». En bateau, les expulsés sont facilement isolables et, contrairement à l'avion, les autres passagers ne se rendent pas souvent compte de leur présence à bord. A son arrivé à Tunis, il a du passer une nuit au poste de police et se soumettre à un bref interrogatoire. « Ensuite, on m'a tout simplement laissé partir ». Il est arrivé de nuit dans sa ville natale, à El Hawaria, au centre de la Tunisie, « complètement détruit et sans le sou ». Ce retour à la case départ, Wajdi a mis des mois à l'accepter. « C'était très difficile d'oublier le passage par les centres de rétention et surtout l'angoisse provoquée par l'attente du moment où on viendra vous chercher », raconte-t-il. Un an après son expulsion en Tunisie, il est toujours au chômage et se retrouve face aux mêmes circonstances qui l'ont poussé à affronter la mer une première fois. « Aujourd'hui,  je ne rêve que de repartir. J'ai plus d'attaches là-bas qu'ici. » En France, Wajdi a laissé un bébé de 4 mois et sa compagne française.

 

Vivre caché

En Tunisie, à la différence d'autres pays (voir encadré), aucune prise en charge n'est prévue pour les immigrés clandestins reconduits. Ils retrouvent le chômage qu'ils avaient fui, auquel vient s'ajouter un manque de moyens plus criant encore. "Quand on est expulsé, on revient sans rien dans les poche et avec pour uniques vêtements ceux qu'on portait quand lors de l'arrestation", raconte Chokri, expulsé d'Italie. En Tunisie, alors qu'un véritable tabac médiatique entoure  le phénomène de  l'émigration, aucun chiffre ne filtre quant aux candidats qui ont fait l'objet d'une expulsion. Selon les chiffres de la Cimade (Comité inter-mouvements auprès des évacués, basé en France), 2000 tunisiens ont été placés dans les centres de rétention français en 2007, dont 837 ont été présentés à l'embarquement. Le nombre effectif des reconduits reste une  grande inconnue, tout comme le destin qu'ils ont du affronter à leur retour au pays. Contrairement à ceux qui réussissent  dans le pays d'accueil et qui retournent en affichant leur réussite et jouissent de ce fait d'une certaine reconnaissance sociale, la plupart des expulsés vivent cachés. Aux yeux de la société tunisienne, l'expulsion est perçue comme une honte. "Il est difficile de rencontrer les gens en portant  une telle déception, confie Chokri. Après l'expulsion, il m'a fallu beaucoup de temps  pour me ressaisir et réaliser que le rêve est brisé". Tarak, également expulsé d'Italie, ironise : "je venais d'envoyer des colis à la famille, juste avant mon arrestation. Je suis même arrivé avant le colis".

 

Se reconvertir...ou repartir

Beaucoup d'expulsés, affectés par l'expérience des centres de rétention, sombrent dans la dépression. "Six mois après mon retour, j'ai du prendre des médicaments pour pouvoir résister", raconte Wajdi. Selon Mahdi Mabrouk, sociologue spécialiste de l'immigration clandestine, "en l'absence d'un encadrement ou d'un programme de réinsertion,  il arrive

aussi que certains expulsés se convertissent en Harraga (passeurs) et mettent leur expérience  au profit de nouveau candidats attirés par l'eldorado européen". Mais la plupart caressent toujours le rêve de repartir. "La vie devient de plus en plus chère et  chaque jours les prix augmentent. Je ne crois pas que je m'en sortirai avec ce que je gagne actuellement", affirme Chokri, qui, après son expulsion, est resté chômeur pendant un an avant de trouver un travail dans la décoration. "J'ai réussi à passer les frontières une fois mais j'été expulsé. Je veux tenter le coup  pour la deuxième fois", témoigne Chokri .Wajdi caresse aussi l'espoir de revoir son bébé et de retrouver sa compagne restés en France.

 

Fethi Djebali et Thameur Mekki

Mali : les expulsés se regroupent

Au Mali, les expulsés ont une association qui leur offre soutien médical, psychologique,  financier et  conseil juridique. L'Association malienne des expulsés (AME) est dirigée par un bureau constitué de 6 membres "tous expulsés". L'AME compte aujourd'hui 147 membres  entre expulsés ou sympathisants. Créée en 1996, l'association apporte un soutien ponctuel et d'urgence aux expulsés, les aide à recouvrir  leurs biens restés dans les pays d'accueil  et sensibilise  les populations et les pouvoirs publics à leur cause. Sa  mission englobe aussi  l'accueil des expulsés à l'aéroport, le suivi médical, l'hébergement provisoire et  l'assistance juridique. Souvent sans ressources et dans une situation de rupture socioprofessionnelle dû à leur expulsion, l'association aide également les reconduits à  monter leur projet et acquérir un fonds pour démarrer une activité leur permettant d'avoir un revenu afin de  pouvoir de nouveau avoir une vie « normale ».                                                                  Youad Ben Rejeb

http://www.lepost.fr/article/2008/06/25/1213582_tunisie-les-expulses-plus-etrangers-ici-que-la-bas.html

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Published by Tunisie mon pays! - dans politique Tunisie
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