
PARIS (AFP) — Déçues de son passage-éclair en juillet, les ONG de défense des droits de l'homme attendent du nouveau séjour tunisien de Nicolas Sarkozy à partir de lundi un "geste fort" sur ce terrain dont il avait promis de faire une des priorités de sa diplomatie.
Même si elle a été rapidement suivie par la remise en liberté d'un opposant, la première visite de président français est loin d'avoir convaincu la société civile et l'opposition tunisiennes.
"La société civile a été superbement ignorée. Nous n'avons eu ni audience, ni contact avec sa délégation pendant les quelques heures qu'il a passées sur notre territoire", déplore le président de la Ligue tunisienne des droits de l'homme (LTDH), Me Mokhtar Trifi.
Après un entretien avec le président Zine El Abidine Ben Ali, Nicolas Sarkozy avait assuré avoir évoqué "des cas particuliers". Deux semaines plus tard, Tunis annonçait la grâce de l'avocat Mohamed Abbou, incarcéré depuis plus de deux ans. Depuis vingt ans, le régime du président Ben Ali est régulièrement épinglé par les ONG dans leurs classements des pays les plus répressifs de la planète. Tunis dénonce ces critiques et met en avant son bilan dans le domaine de l'éducation et de l'émancipation des femmes.
A la veille du retour du président français pour une visite d'Etat de quarante-huit heures, les défenseurs des droits de l'homme ont fait savoir qu'ils espéraient beaucoup de Nicolas Sarkozy.
"La justice est aux ordres, la corruption se généralise, la torture est fréquente. Le bilan du régime est désastreux", résume la présidente de l'Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD) Khadija Cherif. "Cette fois, nous ne nous voulons pas d'une simple libération comme alibi".
"Nicolas Sarkozy ne doit pas tomber dans le piège de marchander la libération d'un seul prisonnier, comme en juillet", estime Eric Goldstein, de l'ONG américaine Human Rights Watch (HRW), "il doit poser publiquement la question des droits de l'homme". "Il a répété pendant sa campagne électorale que sa politique étrangère serait fondée sur le respect des droits de l'homme", insiste Khadija Cherif, "il doit marquer sa différence avec ses prédécesseurs".
En de rappeler le tollé suscité en Tunisie par Jacques Chirac qui, lors d'une visite en 2003, avait jugé que "le premier des droits de l'Homme, c'est de manger, d'être soigné, de recevoir une éducation et d'avoir un habitat".
L'Elysée a assuré que Nicolas Sarkozy, qui sera accompagné de sa secrétaire d'Etat aux droits de l'homme, Rama Yade, "aurait à coeur d'évoquer un certain nombre de dossiers" avec le président Ben Ali.
"Tout n'est pas parfait, mais il est important de souligner ce que sont les réalités de la société tunisienne d'aujourd'hui", relève toutefois un diplomate français, citant le statut de la femme "sans équivalent dans les pays arabes" ou "le moratoire sur la peine de mort". "Un dialogue confiant est peut-être plus productif que des proclamations publiques dont on sait qu'elles ont le don de provoquer une crispation", insiste-t-il, rappelant la libération de Me Abbou.
Soulignant que la LTDH est interdite de congrès depuis 2005 et que Tunis vient de refuser une mission de la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH), Me Trifi continue à espérer un "signe" de Paris. "Le commerce, l'énergie, la lutte contre le terrorisme, c'est important", concède-t-il, "mais M. Sarkozy doit aussi utiliser sa grande influence sur la Tunisie pour y promouvoir la démocratie".