Lundi 28 Avril 2008 Sarkozy entre droits et contrats
Par le service politique
leJDD.fr (avec Reuters)
Après l'Algérie et le Maroc, Nicolas Sarkozy clôt la boucle maghrébine avec une visite d'Etat de trois jours en Tunisie. Plusieurs contrats importants ont été signés dès lundi. Très attendu sur la question des droits de l'Homme par les associations, le président français a rendu hommage aux efforts de la Tunisie sur ce terrain. "L'espace des libertés progresse", a-t-il ainsi estimé. Les chiffres ne trompent pas, quand il s'agit pour Nicolas Sarkozy de souligner son attachement à la politique africaine de la France. Dimanche, dans un entretien au quotidien tunisien
Ach-Chourouk, le chef de l'Etat rappelait que sa visite d'Etat en Tunisie, qui a débuté ce lundi pour trois jours, constitue déjà son sixième voyage au Maghreb.
Après l'Algérie et le Maroc, la boucle sera bouclée mercredi soir, lorsque le président quittera Tunis, où l'accompagnent son épouse Carla et sept ministres. Cette visite apparaît comme la plus sereine puisque des trois anciennes possessions françaises, la Tunisie est celle avec laquelle "
nos relations sont les plus apaisées", juge Sarkozy, se souvenant que son
périple maghrébin de juillet dernier avait froissé le Maroc, avant que
Mohammed VI ne le reçoive en grandes pompes en octobre.
La politique africaine, et particulièrement méditerranéenne de la France est au coeur de ce voyage. D'abord parce qu'en affichant une volonté de rupture avec le passé et la
"Françafrique", le gouvernement a attisé des craintes. Dans l'entretien publié ce dimanche, Nicolas Sarkozy explique que la France veut seulement "
prendre les changements en considération" et s'appuyer sur "
des projets concrets, modernes, qui ont un impact sur la vie quotidienne des populations". "
C'est cela, une politique arabe", reprend-il. En matière de politique commune, plusieurs thèmes importants sont annoncés pour la rencontre entre le président et son homologue Zine el Abidine Ben Ali, par ailleurs défenseur convaincu de l'Union pour la Méditerranée.
"Ce sont des signaux que je veux saluer" L'agence française du développement devrait ainsi signer sept conventions de financement, pour un montant de 140 millions d'euros. La France, où vivent quelque 600 000 Tunisiens, reste le premier pourvoyeur d'aide de son ancien protectorat. Des accords sur l'immigration sont également attendus, ainsi qu'en matière de tourisme ou de sécurité civile. Le volet économique est aussi important. Dès lundi, plusieurs contrats ont été annoncés. Alstom a ainsi remporté un appel d'offres pour une centrale thermique de 400 MW. Un contrat d'un montant de 360 millions d'euros. Un accord de coopération dans le nucléaire civil, le même qu'avec la
Libye, le Maroc et l'Algérie, a également été paraphé. Dans la soirée, Airbus devait par ailleurs signer un contrat de vente de 16 appareils à Tunis Air.
Reste la question, toujours épineuse comme l'ont montré les épisodes maghrébins, déjà, ou chinois, des droits de l'Homme. A la tête du pays depuis 1987, le président Ben Ali est critiqué pour sa politique très dure envers ses opposants et la presse, notamment. Sous couvert de lutte contre l'islamisme radical, violences régulières et autoritarisme, voire torture sont dénoncés par les organisations de défense des droits de l'Homme, telles Amnesty International et Human Rights Watch. Celles-ci en ont d'ailleurs appelé au président français, tout comme le
Réseau euro-méditerranéen pour les droits de l'Homme, qui se fait régulièrement l'écho d'abus: son président Kamel Jendoubi privé de passeport ou des journalistes et militants maltraités lors d'arrestations que le réseau estime arbitraires.
Très attendu sur ce sujet glissant, le président français a estimé lundi soir que "
l'espace des libertés progresse" en Tunisie. "
Ce sont des signaux que je veux saluer", a-t-il ajouté aux côtés de son homologue tunisien, quelques minutes avant le dîner d'Etat. "
J'ai pleinement confiance dans votre volonté de vouloir continuer à élargir l'espace des libertés en Tunisie", a-t-il ajouté à l'adresse de Zine el Abidine ben Ali. Et en matière de droits de l'Homme, Nicolas Sarkozy poursuit sa politique d'équilibriste, déclarant: "
Ces signaux, ces réformes s'inscrivent sur un chemin étroit et difficile, mais essentiel, celui de la liberté et du respect des individus. Ce chemin, aucun pays ne peut prétendre l'avoir entièrement parcouru et personne ne peut se poser en censeur." Les associations de défense des droits de l'Homme devraient peu goûter ces propos. Comme toujours, il s'agit de jongler entre la "franchise" qu'aime à revendiquer le chef de l'Etat, et la préservation d'intérêts économiques que le président n'entend pas sacrifier.