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Tunisie : Larmes de crocodile pour célébrer le départ de Lemerre : Lu dans l’hebdo « Sports », de lundi 23 juin 2008Nous sommes un peuple fier. Mais il nous arrive aussi d’être obséquieux, par excès de gentillesse, par excès d’hospitalité. Et puis sans xénophobie aucune, n’oublions pas le mythe de la lanterne de Bab Menara : elle n’éclaire que les étrangers.
Nous avons eu Kasperczak et cette capacité qu’il a eu à s’intégrer dans la société tunisienne, à parler à la télévision et à se considérer comme un grand frère pour nos internationaux. Les images d’un Kasperczak en sanglots à la mort de Berrekhissa révélaient une fibre affective pathétique. Une capacité à aimer et à se faire aimer.
Et feu Scoglio : il disait “notre football”, “notre pays”, “nos journalistes”, et il versait des larmes lors de l’hymne national.
A-t-on jamais vu Roger Lemerre faire des concessions à sa nature humaine, tenir un discours affectif vis-à-vis du pays qui l’a hébergé durant six ans et qui l’avait hébergé lors des années 80 ? Chaque fois qu’il se retrouve au creux de la vague, c’est la Tunisie qui lui tend la perche.
Quand il est arrivé en 2002, nous nous sommes dit qu’il fallait l’aider à se reconstruire, à sortir du traumatisme mondialiste de 2002. A l’évidence il aura traîné ce syndrome post-traumatique durant toutes ces six années à la tête de la sélection ; six années durant lesquelles il exigeait qu’on le vénère, qu’on lui fasse allégeance, qu’on encaisse, qu’on subisse ses diatribes que nous déchiffrions des phrases inintelligibles, et qu’il se mettait à débiter frénétiquement chaque fois qu’il s’enfonçait dans le marécage des incertitudes, là où il se sent à l’aise, à l’aise dans l’hérésie.
Nous nous sommes tués à lui faire comprendre que nous étions contents de l’avoir pour sélectionneur national.
Qu’il était chez lui. Une sorte d’appel affectif qui l ‘a toujours laissé de marbre. Parfois, le redécouvrions-nous plutôt mystique sur les bords, sinon fortement marqué et conditionné par certains déterminismes.
Au soir de la victoire de la France en Coupe du monde (98) l’angélique Aimé Jacquet eut cette réplique : “Non je ne pardonne pas » (à la presse sportive) . Et ce fut le transfert :
Lemerre débarque chez nous avec la même haine vis-à-vis des médias. Oui, mais c’est la presse française qui l’a descendu en flammes au Mondial de 2002, et non la presse tunisienne.
Samedi soir, il eut son show habituel : une cameraman de la télé agressée. Comme il l’a fait en 2004. Et quelques-uns parmi nos confrères le sollicitent pour une photo-souvenir !
Un homme qui plane ; en proie à des crises existentielles, conscient de ne pas valoir grand’chose comme entraîneur et qui ne peut pas ranger ses griffes.
Bonne chance M. Lemerre. Sans vous l’Equipe Nationale ne s’en portera que mieux. Et en tout cas, là où vous allez, vous regretterez ces journalistes tunisiens que “vous n’aimez pas”. Ils ne vous aiment pas non plus. Mais au moins ils vous auront témoigné du respect.